Cendrillon des temps modernes

Y’a des fois dans la vie ou il faut remonter plus loin qu’on pense pour comprendre la raison pour laquelle une situation nous affecte à ce point.

Depuis quelques mois déjà, je vis une situation qui me trouble particulièrement et qui je trouve, m’affecte plus que ce qu’elle devrait, non pas que cette situation ne soit pas importante, loin de là.

Durant les dernières 3 semaines, j’ai fait une formation pour mon travail d’enquêteur, et quoique je ne m’attendais pas à grand-chose au niveau professionnel, c’est plus au niveau personnel que j’ai eu un déclic.  Lors de cette formation, je devais aller chercher des informations dans l’enfance des gens afin de comprendre leurs motivations et leurs comportements d’aujourd’hui.  Tout le monde sait ça vous allez me dire, mais on reçoit des messages de la vie que lorsqu’on est prêt à les recevoir.  J’ai donc compris que la situation que je vivais aujourd’hui réveillait ma plus grande blessure d’enfance, soit l’abandon au sens psychologique du terme.  C’est pourquoi je me sens si démunie.

Mes parents se sont divorcés alors que j’avais 2 ans.  Je n’ai aucun souvenir d’eux ensemble.  J’ai habité avec ma mère jusqu’à l’âge de 7 ans, moment où j’ai du déménager avec mon père pour une questions de logistique d’horaire.  Comme mon père habitait un quartier familial de la rive-nord et que j’adorais mes nouveaux amis et ma nouvelle école, ce qui devait en principe n’être que temporaire s’est avéré être permanent jusqu’à l’âge adulte.  La porte de ma mère a toujours été ouverte, mais j’ai toujours fait le choix de demeurer avec mon père.

À cette époque, mon père avait une conjointe depuis déjà quelques années.  La dynamique familiale allait tout de même bien jusqu’à ce que certains problèmes personnels surgissent au sein de leur couple.  Je considérais réellement cette femme comme ma deuxième mère puisqu’elle était dans ma vie du plus loin que je me souvienne.  Aussi, à cette période, la famille attendait l’arrivée de ma première petite sœur.  J’avais 12 ans. C’est à ce moment que la plus grande blessure de ma vie est arrivée et qui fait la personne que je suis aujourd’hui.

La conjointe de mon père, pour une raison que je connais mais que je n’ai pas encore comprise et qui ma fois je crois ne comprendrai jamais, s’est mise dans la tête que je n’existais plus, mais… plus du tout.  J’aurais été un fantôme je lui aurais au moins fait peur.  Mais durant 2 ans, je n’ai eu droit à aucun regard ou parole, tendresse ou quoique ce soit.  Je n’ai pas pu prendre ou toucher à ma petite sœur durant de nombreux mois.  Comme mon père travaillait beaucoup d’heures pour joindre les 2 bouts, je sais aujourd’hui qu’il n’a pas vu la réelle ampleur de la situation pour avoir eu de nombreuses heures à en discuter avec lui pour essayer de me guérir.  Ma mère quant à elle, était loin de savoir tout ce qui se passait car je lui cachais bien des choses pour être bien certaine de garder mon école et mes amis, car pour moi, c’était ce qui comptait le plus.

Premier contact en 1 an

Aujourd’hui je sais que c’est durant ces 2 années que quelque chose s’est brisé en moi.  La confiance.  Comment une personne que j’aimais et en qui j’avais confiance pouvait me jeter de la sorte.  Je n’ai plus jamais fait confiance depuis ce jour sauf à ma mère et depuis peu, mon père.

Je me suis tellement posé de questions à savoir ce que j’avais fait de mal, pourquoi je n’étais pas assez belle, assez fine, assez bonne, assez intelligente, assez serviable, assez toute.  J’ai tout fait pour qu’elle recommence à m’aimer.  Jamais ça n’a fonctionné. Lorsque j’ai eu 14 ans, les jumeaux sont nés, mon petit frère et ma petite sœur.  J’avais 14 ans.  J’ai profité de cette occasion pour faire valoir que mon aide et ma présence pourraient être un plus.  J’ai tout donné pour ces enfants, pour qu’on reconnaisse que je valais quelque chose.  Je me levais la nuit, je les nourrissais, les changeais, les berçais, les aimais comme mes propres enfants.  Je voulais prouver que j’étais digne d’être aimée à nouveau.

Un jour de mes 16 ans en secondaire 5, je suis arrivée à la maison et elle était vide de meubles et de gens.  Elle avait juste disparue avec les 3 enfants.  Mon père a craqué, avec raison.  Et moi j’ai voulu rester forte pour lui car c’est mon papa et il était très mal en point et a du prendre soin de lui pour un moment.  Sauf que je n’étais pas assez forte à 16 ans… j’ai donc commencé à consommer un peu, beaucoup, trop.  J’étais la meilleure porteuse de masque que la terre ait connue lorsque j’étais à l’école et en présence de ma mère.  Pour moi, rien ne paraissait.  J’ai essayé d’oublier que je ne valais rien en me gelant la face le plus souvent possible, en secret.  J’ai continué mes études en sciences pures et mon travail de gérante au Harvey’s.  Quoique mes notes avaient baissées, je réussissais à suivre le rythme.  Un jour de 1997, une agression violente a eu lieu au service à l’auto du Harvey’s et les policiers sont intervenus. RÉVÉLATION.  J’ai fait mon changement d’orientation le lundi suivant, j’ai arrêté de consommer et je me suis « gelée » aux études à la place.

Je pensais que j’étais guérie.

À l’été de mes 21 ans, j’ai rencontré un gars, qui ma foi, était parfait.  J’étais la plus belle, la plus fine, la meilleure, TOU-TE.  Je pensais que la vie m’envoyait quelqu’un qui enfin allait voir qui j’étais et allait m’aimer.  Sauf que non…  Ce gars, qui avait 10 ans de plus que moi, était tout sauf parfait.  Il est encore à ce jour le plus grand manipulateur que j’ai rencontré, le plus jaloux-possessif-agressif.  Mais je pensais qu’il m’aimait moi.  Et je voulais qu’il continue de m’aimer et qu’il redevienne ce que j’avais connu au début.  J’étais complètement accro.  Il était devenu ma drogue.  Encore une fois je faisais tout pour qu’il m’aime, pour lui plaire, pour « respecter ses consignes » Je le savais qu’il était toxique et qu’il finirait un jour par me…  Disons faire du mal.  À ce moment je n’avais pas encore fait le lien avec ma blessure d’enfance.  Nicolet et le SPVM sont arrivés.  Et ils m’ont sauvée.  Ma job je ne l’aime pas juste parce que j’aime ce que je fais.  Je l’aime aussi pour ce qu’elle a fait pour moi. Parenthèse comme ça.

J’ai donc enfin réussi à mettre un terme à cette relation après presque 3 ans, mais je vous assure que ce fut extrêmement difficile.

Les années qui ont suivies ont été plus calmes, mais j’ai toujours été la fille qui essayait trop de se faire aimer ou apprécier, que ce soit au travail, avec mes amis ou en amour.  Je ne donnais pas avec des attentes, mais j’étais constamment déçue.  Je ne ressentais jamais que j’étais assez pour quelque chose ou pour quelqu’un.  Encore une fois, à ce moment je ne fais pas le lien avec mon enfance.

Quand j’ai eu mon premier enfant en 2009, toute mon enfance m’est revenue et une immense colère envers mon père m’a envahie.  Je ne comprenais pas comment j’avais pu vivre cela en tant qu’enfant alors que j’aimais le mien si profondément.  C’était un clash immense pour moi.  À ce moment je pensais que mon père avait tellement plus aimé sa blonde que moi qu’il l’avait laissé me faire ça.  C’était juste inconcevable pour moi de ne pas faire passer son enfant en premier.  J’ai donc gardé cette colère pour moi durant de nombreuses années…

Entre 2013 et 2015, mon fils a été sérieusement malade, ma mère a eu le cancer, je me suis séparée, j’ai déménagé, mon Jack est décédé subitement et j’en passe.  Comme vous le savez, j’ai craqué.  Dépression majeure en 2016.  C’est cette année que j’ai compris que ma dépression remontait pas mal plus loin que 2013.  Que mes comportements avaient tous un lien entre-eux et qu’il provenaient non pas de mon père, mais de la conjointe de mon père…  Toute ma vie j’ai eu l’idée fixe que seuls les parents pouvaient causer une blessure d’enfance.  C’est faux.

Je ne compte plus les heures de discussion que j’ai eu avec mon père pour évacuer tout ce que j’ai vécu étant enfant.  De ces discussions, une phrase m’a ouvert les yeux et m’a apporté la pièce manquante :

-Pourquoi papa tu as accepté ça… pourquoi?

-Geneviève… je ne voulais pas que ça pète…  Je ne voulais tellement pas que ça pète »

Car voyez-vous mes amis j’avais complètement effacé de ma vision d’enfant que mon père en avait 3 autres avec cette femme.  Toute ma colère et ma peine sont disparues d’un coup.  Et j’ai pu refaire confiance à mon père… Car si vous avez passé par la séparation, vous savez comme moi que en effet… on veut pas que ça pète et qu’en effet on endure beaucoup trop de mal et de peine… pour se rendre compte seulement des années plus tard que c’est le fait d’avoir enduré une situation insoutenable pour ne pas se séparer, qui fait pas mal plus de mal que la séparation elle-même…

Donc pour en revenir à ma situation difficile, cette semaine j’ai compris que ma blessure d’enfance avait encore des répercussions aujourd’hui lorsque j’étais confronté à un problème « X » de communication.  Mon insécurité d’enfant refait surface et je ne me sens pas assez bonne, assez fine, assez belle, assez intelligente… et ça me fait capoter.

Sauf que…

Ma dépression m’a appris que les gens réagissent non pas en fonction des autres, mais en fonction d’eux-mêmes.  C’est-à-dire, que lorsqu’une personne a une réaction ou une absence de réaction, ce n’est pas nécessairement contre vous ou à cause de vous… c’est peut-être à cause de ce qu’ils vivent ou de ce qu’ils ont vécu…  Je le sais parce que je n’ai pas toujours été correcte quand j’avais mal… et que moi aussi j’ai des drôles de réactions parfois à cause de ce que j’ai derrière la cravate.

Le but de la Vie, c’est de grandir et d’évoluer.  Ça m’aura pris toutes ces épreuves pour être en mesure de parler, de dire ce que je ressens et surtout de montrer qui je suis vraiment.  Je me bats encore tous les jours avec mon « Amour de Soi » et je tente de me convainque que « je suis assez ».  Je ne vois pas le jour ou je cesserai d’aider les gens, de les aimer et de les ressentir…  Car c’est ça mon vrai moi… et je l’accepte.  Tout comme j’accepte tout ce que j’ai vécu car je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui.  C’est la RÉSILIENCE mes amis… et ça fait franchement du bien…

Papa maman, je vous aime… et je vous fais confiance.

Namaste

 

 

 

 

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